Dominique Meens
RONDS DANS L'EAU D'L'AN
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le ciel où vrille avril est bleu pervenche
l'hirondelle à sa cheminée le pic au vert
triplent leur part de vie doublé barré l'hiver
la lavandière balance sa hanche
et jusqu'aux chats qui miaulent et contre-dansent
j'entends par là la voix d'un ange éclaboussé
de violons mille jupons à retrousser
serait-ce quelque muse qui par chance
s'accorderait mutine à la verdure
de mon jardin fleuri les oiseaux d'applaudir
ma perspicacité je m'offre un beau soupir
montrez-vous madame je vous endure
mais passez cependant comme l'heure a passé
l'amour l'encre et les pleurs ces tord-boyaux assez
/
quand mai s'y met le martinet
rase gratis un gros nuage
le coucou trompe au voisinage
le pinson qui lui rit au nez
un monde entier très affairé
et braille et crie et tout l'occupe
surtout la vie qui tous les dupe
en ce savoir je suis ferré
ma belle au bal ai fait valser
tant que ses joues étaient cerise
la jalouse enviait l'éprise
sur le tard un corbeau musclé
m'a bousculé d'un vieux coup d'aile
et s'est envolé r'avec elle
/
en juin joints les deux bouts le début à la fin
la cigogne claque du bec la vie crépite
au son de sa crécelle la mort fait le pitre
dix de perdues onze retrouvées au plus fin
de ruser renard c'est le moment d'où jamais
l'erreur éros démené n'en fait qu'à sa tête
cuisses fesses tétons tous à l'air tous en fête
et que ça saute à la saint jean si je t'aimais
je m'oubliais tu m'oubliais la jambe en l'air
un rigaudon mal fagoté ça m'intéresse
une polka piquée des vers est ta maîtresse
on s'endormait sueurs mêlées l'odeur du foin
à paris c'est quelque chose dite la messe
tu m'apprenais comment je t'aimerais sans cesse
/
juillet j'y suis la plage un joli pantalon
qu'une belle italienne à la brune apprécie
je le veux me dit-elle et me sourit allons
tu me le donnes dit sa chanson vite scie
je la désirais désirait-elle mon pan
talon sans doute eussé-je aimé la boiterie
qu'elle m'aurait laissé poisson crevé trompant
ma faim la main sur l'os d'une obsession nourrie
j'ai filé dans la nuit bermuda enfilé
que j'offrais à une belle plage suivante
et ma chemise bleue plus loin vers l'épouvante
dépouillé comme un ver ah le beau défilé
syracuse plus rien rien de rien à me mettre
puceau j'allais devoir me rhabiller à la lettre
/
knock-out abasourdi d'août
rien à jeter tout à prendre
le fleuve un dernier méandre
se perd se noie dans la dou
ceur épuisée d'un lit frais
la fleur se dépouille encore
pourpre l'océan colore
l'ombre heureuse au lit défait
sueurs parfums envoûtants
jappements et soupirs elle
et lui deux se font la belle
les dieux dit-on sont contents
l'heure éperdue n'a plus d'aile
au loin chante un violoncelle
/
la tendresse n'est pas ce qu'en dit le curé
elle vient par défaut impuissante elle n'aime
ni ne hait trésor toc des mains froides et blêmes
caressant un objet qu'elle aura récuré
la tendresse est propriétaire le refus
est son commandement l'objet qu'elle se donne
poltron n'en saura rien révolté le glas sonne
je ne me tairai pas je sais ce que je fus
fille de charité son air en est vicié
sa chanson vicieuse énerve la moins folle
le plus bête n'y voit que du feu barcarolle
frais pondu qui vint là un objet de pitié
quoi de piété pardon d'oreille je recolle
mon vase de soissons comme on dit à l'école
/
octobre veut rentrer son bois
l'adultère la grande affaire
ce superflu si nécessaire
octobre veut rentrer son bois
enfin monsieur vous revoilà
l'adultère la grande affaire
ce superflu si nécessaire
enfin monsieur vous revoilà
indien l'été si ça me dit
adultère la belle affaire
je souffre plus que nécessaire
le démon s'en va vers midi
adultère la belle affaire
taxe perçue l'amour faussaire
/
novembre aux embruns de mélancolie
m'a cloué le bec je mâche ma nuit
ravale mes pleurs et mon cœur s'enfuit
d'un lien perdu comme un amour s'oublie
non la cause mais l'effet où tout sombre
tout et rien soit la parence des mots
dont s'éprennent les esprits animaux
à la peine à la peine à la pénombre
novembre courtois ta chanson est neuve
paroles en l'air musique à l'envers
avec un pendu au diable vauvert
imagine autour la ronde des veuves
et la mandragore et ses cris plaintifs
l'orfèvre bientôt et ses pendentifs
/
je sortais de chez toi des cendres plein la bouche
et prétendais ailleurs que l'amour n'était pas
au programme du jour j'avançais pas à pas
rhétoriqueur fané ma longue phrase louche
savoir si tu m'aimais désiré l'étais-je
assez pourtant de ne pouvoir que t'adresser
la flibuste du mien parant au plus pressé
vite l'âge venait et son cheveu de neige
coupable je l'étais adultère et luxure
ces péchés d'autrefois mortels me débauchaient
tu m'appelais en décembre je raccrochais
finissons-en ce vaudeville de toiture
mensonges et semblants je l'écris sans regret
fut de ma part infâme et bœuf j'en rougirai
/
des neiges de janvier j'en viens tout ébaubi
figurez-vous là-bas elle y rit il s'amuse
d'un soleil terne sous une brume diffuse
en se jetant s'ils ne sont fous en ont l'habit
dans le vide et glissant dérapant jusqu'en bas
se remontant allègrement de tire-fesses
en tire-fesses quand la nuit vient cela cesse
ça gigote et demain branle-bas de combat
comprenez-vous comprenez-moi je n'entends rien
à ces ébats de souris au laboratoire
j'attends ma belle au bar tranquille et bonne poire
elle rentre crevée moi je suis presque soul
le désir malgré tout voudra que je la suive
car cette souris-là m'est bien plus qu'une grive
/
février de fièvres froides
l'âme le cœur verglacés
de ne pas aimer assez
tout entier jérémiades
recroquevillé sans vie
fruit gelé jusqu'au trognon
l'hiver sera dur l'ognon
l'avait prédit à l'envie
germe engoncé de pelures
je ne pense plus qu'à faux
mon amour mort comme il faut
qu'on y vienne à tout allure
une flamme à ce réchaud
vivre cramé peu me chaut
/
mars et ses giboulées nocturnes
marche au pas de l'oie cadencé
la troupe est mauvaise les turnes
puent le bas de laine ranci
tout est de boue rien ne durcit
rien ne sèche chacun dérape
la pluie touille un fond radouci
d'ocres sombres dont le noir frappe
décors abominables mous
cris et gueulante caporale
je tombe ici et là m'affale
pleurant de rage et de dégoût
où sont mes amours ma promise
d'où vient que la nuit s'éternise